Découverte de vignoble : les Côtes du Forez
Pourtant, elle incarne avec une rare authenticité l’alliance entre un terroir volcanique unique en France, un cépage emblématique – le gamay – et une viticulture de plus en plus engagée dans des pratiques respectueuses de l’environnement. Pour les amateurs de vins de caractère, droits, digestes et profondément marqués par leur origine, les Côtes du Forez constituent une découverte majeure.
Le vignoble des Côtes du Forez s’étend sur environ deux cents hectares, répartis sur les coteaux orientés à l’est de la plaine du Forez, entre les monts du Forez et la vallée de la Loire. Cette situation géographique singulière explique en grande partie l’identité des vins produits ici. Loin des grandes zones viticoles intensives, le Forez a conservé une dimension artisanale, presque intime, où chaque domaine joue un rôle essentiel dans la préservation et la transmission d’un savoir-faire local.
L’histoire viticole du Forez remonte à l’Antiquité. Des traces de culture de la vigne attestent d’une présence romaine dès les premiers siècles de notre ère. Au Moyen Âge, les vignobles se développent sous l’impulsion des communautés religieuses, notamment les bénédictins, qui structurent la production et favorisent la diffusion des vins dans la région. Jusqu’au XIXe siècle, le vignoble forézien connaît une relative prospérité, avant d’être durement frappé par la crise du phylloxéra, puis par l’industrialisation et l’exode rural. Comme dans de nombreuses régions françaises, la surface viticole chute drastiquement, et le vignoble manque de disparaître.
La reconnaissance en appellation d’origine contrôlée en 2000 marque un tournant décisif pour les Côtes du Forez. Elle consacre les efforts de plusieurs générations de vignerons attachés à leur territoire et désireux de redonner une visibilité et une légitimité à leurs vins. Depuis, l’appellation s’est engagée dans une dynamique qualitative forte, privilégiant des rendements modérés, une expression sincère du terroir et une identité stylistique affirmée.
Le terroir constitue sans conteste l’élément le plus distinctif des Côtes du Forez. Il repose principalement sur des sols d’origine volcanique, issus d’anciennes coulées basaltiques. Ces sols noirs, riches en minéraux, confèrent aux vins une trame particulière, à la fois énergique, tendue et souvent marquée par une sensation de fraîcheur minérale. Cette dimension volcanique, rare dans le paysage viticole français, rapproche parfois les vins du Forez de certaines expressions observées en Auvergne ou sur l’Etna, toutes proportions gardées.
Le climat, de type semi-continental à influence montagnarde, joue également un rôle clé. Les hivers peuvent être rigoureux, les étés chauds mais rarement caniculaires, et les amplitudes thermiques entre le jour et la nuit favorisent une maturation lente et progressive des raisins. Cette configuration climatique permet de préserver l’acidité naturelle du gamay tout en atteignant une maturité phénolique satisfaisante, condition essentielle à l’élaboration de vins équilibrés et digestes.
Le gamay règne en maître sur l’appellation. Cépage historique de la région, il trouve dans les sols basaltiques du Forez une expression singulière, souvent plus structurée et plus épicée que dans d’autres secteurs ligériens. Les vins rouges des Côtes du Forez se distinguent par des arômes de fruits rouges frais, de cerise, de framboise, parfois de groseille, auxquels s’ajoutent des notes poivrées, fumées ou légèrement terreuses, directement liées à la nature volcanique des sols. En bouche, ils offrent une matière souple mais tendue, portée par une acidité vivifiante et des tanins fins.
Si les rouges constituent l’essentiel de la production, l’appellation autorise également l’élaboration de vins rosés, eux aussi issus majoritairement du gamay. Ces rosés, souvent vinifiés dans un esprit sec et gourmand, séduisent par leur fraîcheur, leur franchise aromatique et leur grande polyvalence à table.
Au-delà des caractéristiques organoleptiques, les Côtes du Forez se distinguent aujourd’hui par l’engagement croissant de leurs vignerons en faveur d’une viticulture durable. La taille modeste des exploitations favorise un travail précis de la vigne, souvent manuel, et une attention particulière portée à la vie des sols. De nombreux domaines sont engagés en agriculture biologique, certains allant jusqu’à la biodynamie ou à des pratiques assimilées, avec pour objectif de renforcer l’expression du terroir et de limiter les intrants œnologiques.
Les vinifications privilégient généralement la simplicité et la transparence. Les fermentations peuvent être menées en levures indigènes, les extractions restent mesurées et l’élevage vise à accompagner le vin sans le masquer, qu’il soit réalisé en cuves, en foudres ou en vieux fûts. Cette approche peu interventionniste s’inscrit pleinement dans une philosophie artisanale et identitaire, en phase avec les attentes actuelles des amateurs de vins vivants et sincères.
Les vins des Côtes du Forez se montrent particulièrement à l’aise à table. Leur fraîcheur naturelle et leur structure modérée en font des partenaires idéaux d’une cuisine simple, conviviale et de saison. Ils accompagnent avec justesse les charcuteries artisanales, les viandes blanches rôties, les volailles, les plats végétariens à base de champignons ou de légumes racines, ainsi que de nombreux fromages de vache ou de chèvre à pâte souple. Servis légèrement rafraîchis, ils révèlent toute leur buvabilité et leur capacité à susciter le plaisir immédiat sans renoncer à la complexité.
Dans ce paysage discret mais passionnant, certains domaines jouent un rôle moteur dans la reconnaissance et la diffusion des Côtes du Forez auprès d’un public plus large. Parmi eux, le Domaine des Vins de la Madone occupe une place à part. Implanté au cœur de l’appellation, il incarne avec justesse l’esprit du Forez, à travers des cuvées profondément ancrées dans leur terroir, élaborées avec rigueur, sensibilité et respect du vivant. Le travail précis mené à la vigne comme au chai permet de produire des vins lisibles, expressifs et fidèles à leur origine.